Vous prendrez bien une tasse de thé ?

Un barrage contre le Pacifique, Marguerite Duras

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4ème de couverture

«Les barrages de la mère dans la plaine, c'était le grand malheur et la grande rigolade à la fois, ça dépendait des jours. C'était la grande rigolade du grand malheur. C'était terrible et c'était marrant. Ça dépendait de quel côté on se plaçait, du côté de la mer qui les avait fichus en l'air, ces barrages, d'un seul coup d'un seul, du côté des crabes qui en avaient fait des passoires, ou au contraire, du côté de ceux qui avaient mis six mois à les construire dans l'oubli total des méfaits pourtant certains de la mer et des crabes. Ce qui était étonnant c'était qu'ils avaient été deux cents à oublier ça en se mettant au travail.»

Mon avis

Je t'ai parlé, la dernière fois, de cette révolution qu'a été pour moi la lecture d'Écrire de Marguerite. Un barrage contre le Pacifique a été le deuxième sur ma liste.

Je suis donc passée de l'essai au roman. L'écriture d'Un barrage contre le Pacifique s'est avérée bien moins erratique que celle d'Écrire. Malgré tout, malgré cette plus grande cohésion des phrases entre elles, on se retrouve là-encore face à un texte "libre". Libre dans ses formulations, dans le choix de ses mots, dans l'agencement et/ou la répétition des propositions. Le tout forme un ensemble élégant plutôt qu'endimanché. Le texte respire et est très facile à lire, léger. Je ne me suis sentie à aucun moment contrainte ou frustrée par la forme, bien qu'un peu surprenante au départ.

Les personnages, relativement peu nombreux (tout tourne autour de Suzanne, son frère Joseph et la mère, ainsi que quelques rares personnages secondaires) sont tous extrêmement denses. Marguerite les dépeint avec beaucoup de finesse et d'adresse. Malgré le peu qu'elle nous livre d'eux, on se représente sans mal la dureté du passé de chacun d'entre eux, de leur personnalité, ce qui leur donne une présence très forte.

Un barrage contre le Pacifique nous emmène dans l'Indochine de l'enfance de Marguerite, région sud de l'actuel Viêt Nam. On suit Suzanne, adolescente de seize ans, dans son néant d'existence sur une concession acquise par la mère au prix de dix ans de labeur et d'économies. Une concession incultivable qui, au lieu de les sauver de la pauvreté, les entraîne plus loin encore dans ses méandres. L'histoire est donc, principalement, langoureuse, douloureuse, comme la chaleur qui accable les personnages. Si tu cherches une histoire à rebondissements, passe ton chemin. C'est toutefois un voyage particulièrement prenant qui nous entraîne dans cette vie de misère, au sein de cette famille rongée. On assiste, impuissants, à l'attente de Suzanne d'une bouée de sauvetage qui la tirerait de ces terres stériles, à son amour passionné pour son frère, Joseph, et la folie de la mère. Suzanne fait quelques rencontres au cours de l'histoire, qui sont l'occasion pour la mère de tenter de "vendre" sa fille en mariage, pour essayer de les sauver de la misère.

J'ai aimé Un barrage contre le Pacifique. Pas parce que l'histoire est belle, ou qu'elle se termine bien. C'est une histoire ocre, comme la terre séchée au soleil, si sèche qu'elle en devient une poudre. C'est dur. C'est terrible. Entre la misère et la folie, rien n'est épargné aux protagonistes, qui n'ont pas un instant de repos. J'en suis venue à détester Joseph, fils chéri qui a tous les droits, qui décide pour les autres, autorité patriarcale et surtout dernière incarnation terrestre de l'amour de la mère. Un genre de relation qui ne laisse de place pour personne d'autre. J'ai détesté aussi la mère, dont la folie s'abat tous azimuts et détruit, ses réactions toujours dépourvues de la moindre logique, du moindre bon sens. J'ai détesté Suzanne, bien sûr, d'être si "soumise" à sa famille. Malgré toute cette détestation, l'aventure m'a sincèrement remuée. Elle m'a rappelé qu'il n'y a pas si longtemps, la France était encore un monstre colonisateur qui écrasait tout sous ses gros sabots. Il n'y a pas si longtemps, la Seconde Guerre Mondiale n'avait pas encore eu lieu. Il n'y a pas si longtemps, bien entendu, les femmes devaient encore se marier pour quitter le foyer, n'étaient qu'une sorte de marchandise qu'on échange pour faire rayonner "le clan". Cette lecture a été l'occasion d'une remise à plat de pas mal de choses. Et même si elle a été dure, frustrante, blessante, elle me semble indispensable.

Conclusion


Un barrage contre le Pacifique, roman d'inspiration autobiographique qui révèle Marguerite Duras au public en 1950, est, à mon sens, une lecture importante. Importante par la forme comme par le fond, qu'il s'agisse de la partie "historique" ou de la densité des personnages. Importante par tout ce qu'elle dit par ses non-dits. Importante parce que capable de susciter des émotions fortes.

Si tu es le genre de lecteurs qui s’accommodent fort bien d'une histoire lente et douloureuse, n'hésite pas un instant, Un barrage contre le Pacifique est fait pour toi !
Si, au contraire, tu as besoin d'action et de rebondissements, je te suggère de te tourner vers autre chose, tu risquerais de ne pas apprécier.

Encore une lecture dont je ne regrette pas une syllabe !

Et toi, as-tu lu Un barrage contre le Pacifique ? Qu'en as-tu pensé ? Penses-tu le lire ? Dis-nous tout !

Écrire, Marguerite Duras

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4ème de couverture

Il faut toujours une séparation d'avec les autres gens autour de la personne qui écrit les livres. C'est une solitude essentielle. C'est la solitude de l'auteur, celle de l'écrit. Pour débuter la chose, on se demande ce que c'était ce silence autour de soi. Et pratiquement à chaque pas que l'on fait dans une maison et à toutes les heures de la journée, dans toutes les lumières, qu'elles soient du dehors ou des lampes allumées dans le jour. Cette solitude réelle du corps devient celle, inviolable, de l'écrit.

Mon avis

Marguerite Duras. Un nom que je connaissais, sans en avoir jamais lu une seule ligne. C'est d'avoir regardé le documentaire Le siècle de Duras qui m'a convaincue qu'il fallait que je lise quelque chose d'elle. J'avais alors cédé aux sirènes consuméristes et acheté quatre bouquins de ladite Marguerite, sans même savoir si j'arriverais à en lire ne serait-ce qu'un seul. Et j'avoue qu'en commençant par Écrire, j'ai eu un moment de doute.

Écrire, c'est un recueil de textes courts :

  • Écrire
  • La mort du jeune aviateur anglais
  • Roma
  • Le nombre pur
  • L'exposition de la peinture

(Vraisemblablement, d'après la petite note d'introduction rédigée par Marguerite elle-même, ces textes ont, pour la majorité d'entre eux, d'abord été des films avant d'être retranscrits.)

N'étant pas au courant qu'il s'agissait d'un tel recueil lors de mon achat (le lot de ceux qui achètent "par correspondance" plutôt qu'en librairie), j'ai eu une première déception ; Écrire fait 44 pages. Bon, je n'allais pas m'en tenir à une vulgaire considération sur la quantité - je me suis dit que la qualité pourrait très largement compenser la longueur du texte - mais quand même. J'espérais un plaisir plus durable. Qu'à cela ne tienne, je me suis lancée dans ma lecture. Ç'a été une véritable révélation.

Le texte Écrire, si court soit-il, m'a particulièrement transportée, notamment par la découverte de cette écriture si libre qui semble caractériser la plume de Marguerite. Pour qui n'a jamais lu cet auteur (toutes mes excuses aux féministes/égalitaristes, mais je trouve les variantes féminines de ce mot particulièrement moches), se plonger dans cette lecture-ci, c'est un peu comme assister à un tsunami, ou subir un tremblement de terre assez puissant pour férocement ébranler les fondations de son univers littéraire. Marguerite a là un style si libre, si hors de tout cadre, de toute forme de contrainte, qu'il confine parfois à la folie. C'est souvent erratique, décousu, mais d'une puissance incroyable. Le fond du texte est mis en lumière par cet écrin si sobre et épuré qu'elle lui a tricoté au hasard de son inspiration.

La solitude de l'écriture, c'est une solitude sans quoi l'écrit ne se produit pas, ou il s'émiette exsangue de chercher quoi écrire encore.

La solitude ça veut dire aussi : Ou la mort, ou le livre. Mais avant tout ça veut dire l'alcool. Whisky, ça veut dire.


Plus que son simple style, Écrire égrenne quelques petites réflexions, de-ci, de-là, que j'ai trouvées particulièrement piquantes et qui m'ont semblé très justes :

Je crois que c'est ça que je reproche aux livres, en général, c'est qu'ils ne sont pas libres. On le voit à travers l'écriture : ils sont fabriqués, ils sont organisés, réglementés, conformes on dirait.

Les livres des autres, je les trouve souvent "propres", mais souvent comme relevant d'un classicisme sans risque aucun.


Dans Écrire, Marguerite dérive parfois sur d'autres sujets. Mais qui sont, à mon sens, liés à l'écriture par ce qu'ils constituent de matière pour ladite écriture. Ce premier texte du recueil, je l'ai vraiment aimé. Et je le relirais.

Quant aux textes suivants, qu'en dire ? J'avoue que je n'ai pas du tout été séduite par la suite du recueil. Je sais l'avoir lu en entier, ce recueil, mais les textes suivant m'ont à ce point... gonflée que j'en ai même oublié le sujet, et rien retenu du contenu sinon qu'il m'avait vraiment indifférée.

Conclusion

Écrire, le texte, est un texte réellement libérateur à mon sens pour qui n'a jamais lu Marguerite. C'est l'expression même de la liberté de formulation, une sorte d'expérience en milieu confiné qui donne à réfléchir sur la conception que l'on a de l'écriture et de toutes les normes si strictes qui l'entourent.

J'ai vraiment adoré cette lecture si étrange, si "dérangeante" dans ce qu'elle chamboule de conventions, et je ne peux que te recommander de lire Écrire. Même si tu ne lis pas les textes suivant. Vraiment.

Et toi, as-tu lu Écrire de Marguerite Duras ? Qu'en as-tu pensé ? Raconte !

Nécroscope, Brian Lumley (Traduction : François Truchaud)

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4ème de couverture

« Depuis que j’ai lu Nécroscope, je sais que les vampires existent. » H.R. Giger

Les morts ne racontent pas d’histoires.

Sauf à Harry Keogh, Nécroscope. Et ce qu’ils lui disent est terrifiant.

Dans les montagnes des Balkans, un mal effroyable se relève. Depuis longtemps enfoui en terre sacrée, le maître vampire complote et intrigue : Thibor Ferenczy a faim de liberté et de revanche.

Pour arriver à ses fins, il a un instrument humain : issu d’une agence ultrasecrète d’espions russes, Dragosani est un élève passionné, impatient de sonder les profondeurs démoniaques de l’esprit du vampire. Ferenczy lui enseigne les horribles techniques de la nécromancie, lui donnant le pouvoir d’arracher leurs secrets aux esprits et aux corps des morts.

Le seul à se dresser contre lui : Harry Keogh. Pour le protéger, les morts mettront tout en œuvre, jusqu’à se lever de leurs propres tombes !

Mon avis

Nécroscope, je l'ai acheté en version numérique lors de la #GrosseOP de Bragelonne. Ce qui m'a décidée à l'acheter ? Le blurb de feu H.R Giger. Au cas où ce nom te serait inconnu, le monsieur est le créateur du célèbre xénomorphe de la quadrilogie Alien(s). Un grand homme, ce Hans. Si un bonhomme comme lui avait aimé ce bouquin, sûr que ça allait me plaire. Et ça n'a pas loupé.

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Le récit est introduit par un prologue. L'histoire à proprement parler de ce premier tome (la "série" traduite en français en compte trois) est déroulée à travers une mise en abyme. J'avoue avoir eu un peu de mal à rentrer dans le prologue, qui n'est pas vraiment passionnant, et pas ce qu'il y a de plus mouvementé. Il s'avère toutefois être un mal nécessaire à la continuité entre premier et deuxième opus (je suppose, je n'ai pas encore lu la suite). Une fois l'histoire véritable commencée, j'ai été complètement happée. Le premier chapitre tape très fort, et nous met dans le bain. Action, surnaturel, intrigues, tous les ingrédients nécessaires au hameçonnage du lecteur sont au rendez-vous - pour qui aime les histoires sombres (mais avec un titre pareil, tu t'en doutais sûrement). Quand ma liseuse m'a lâchée (eh oui, c'était pendant cette lecture-là en plus !), j'ai été vraiment TRÈS frustrée de ne pas pouvoir continuer mon histoire - pour te dire à quel point j'étais accrochée. J'ai d'ailleurs dû terminer cette lecture sur mon téléphone (dans des conditions médiocres donc), mais mon plaisir n'en a pas pâti !

Le récit alterne donc entre les aventures de Dragosani et la vie de Harry Keogh. On navigue entre la Russie et les Balkans, et l'Angleterre, pour notre plus grand plaisir. Si la vie de Harry Keogh est tout sauf passionnante au départ (ayant oublié le résumé de quatrième de couverture au moment de ma lecture - il en dit trop, à mon sens - , j'ignorais tout à fait le rôle du personnage), celle de Dragosani prend le contrepied et nous entraîne toujours plus loin dans la noirceur. Les éléments nous sont dévoilés petit à petit, progressivement. On reste en haleine jusqu'au bout.

Les personnages, qu'il s'agisse des principaux ou des autres, sont bien traités. La part du surnaturel reste suffisamment "discrète" pour que le récit ne bascule pas dans une histoire de super-héros, et conserve son intérêt. En outre, le traitement qu'opère Brian du thème du vampire est très intéressant et donne une nouvelle dimension à ce mythe, parfois si violemment maltraité. Je suppose que c'est ce qui a convaincu Hans - je n'en dis pas plus.

Les péripéties, nombreuses et bien amenées, ne manquent pas de surprendre. La conclusion est un peu particulière ; j'hésite sincèrement entre la mention "Deus Ex Machina/trop facile", et "complexe/surprenant". Je te propose de donner des points supplémentaires à la deuxième mention, parce que j'ai tout de même aimé cette lecture.

Pour ce qui est du style, parce qu'il faut quand même en toucher au moins deux mots, on s'y fait très vite. Brian n'a pas de particularité dans son écriture à mon sens, mais n'en est pas plat pour autant. Le récit est avantageusement soutenu par ce style discret et efficace.

Conclusion

Si tu aimes la nécromancie, les vampires (sous toutes leurs formes les plus sombres), et les pouvoirs surnaturels, si tu aimes les grands méchants et les gentils-mais-pas-trop, Nécroscope devrait te plaire. C'est une très bonne lecture-détente, tant du point de vue du récit en lui-même que de l'immersion dans celui-ci.

Tu peux donc y aller les yeux fermés - et si tu l'as lu et ne partages pas mon avis, je serais ravie de lire ce que tu en as pensé.

L'appétit des ombres, Olivier Saraja

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4ème de couverture

Le monde se meurt, victime de forces nocturnes dont personne ne sait rien.

Parmi les derniers ressortissants d'une civilisation en décomposition, Wade le taulard vivote en marge de toute moralité jusqu'à ce que le destin mette sur sa route Angie, une adolescente au passé tourmenté.

Ensemble, ils prennent la route de Genève pour y rejoindre la dernière communauté de survivants.

Victime, bourreau, chacun choisira sa propre voie à la surface d'une planète vouée à la perdition.

Mon avis

Cette critique est un peu spéciale : c'est mon tout premier service presse ! Un grand moment dans la vie d'une blogueuse qui se veut littéraire - en tout cas un minimum lettrée. Du coup, c'est un peu la fête, mais aussi complètement l'angoisse : je me sens comme investie d'un super pouvoir, et à moi d'en faire le meilleur usage. Un peu compliqué quand on a une vue subjective de la situation, tu l'admettras - les héros passent généralement par une phase "grand n'importe quoi" avant de prendre leur nouveau job au sérieux. M'enfin, comme d'habitude, je m'efforcerais de faire de mon mieux, autant pour Toi-Qui-Lis, ô ami cher à mon cœur, que pour l'auteur.

Lorsque je me suis lancée dans L'appétit des ombres, le soleil se levait à peine sur une nouvelle journée ouvrée. La nouvelle a accompagné mon petit-déjeuner, mon trajet, ma pause déjeuner, le retour au foyer et a été achevée aux confins du canapé. Une lecture trop fréquemment entrecoupée, dans une atmosphère ni calme, ni posée. La fatigue aidant, je me suis sentie déçue par ma lecture ; il faut dire aussi qu'Olivier avait placé la barre tellement haut avec Zombie Kebab... Bref, déçue de cette lecture te dis-je, et d'autant plus que je n'avais envie d'en dire et penser que le plus grand bien ! Je me suis donc promis de réitérer, dans de meilleures conditions. Ce que j'ai fait. Et j'ai fort bien fait.

Tout d'abord, il faut que tu aies bien présent à l'esprit, au contraire de ma petite personne lorsqu'elle s'est lancée dans son entreprise la toute première fois, qu'il s'agit d'un texte court (la définition même d'une nouvelle, n'est-ce pas), et comme tout texte court, il trouve son sens et son intensité dans le fait que le lecteur s'immerge et reste en apnée jusqu'à la fin. D'une traite. Imagine que tu es sous la banquise, que le trou au-dessus de toi a été rebouché, et que tu n'as d'autre choix que de nager jusqu'au prochain trou - s'il y en a un. Pas de pause donc, on reste concentré et immergé. Idéal pour faire monter la tension.

L'appétit des ombres est une nouvelle d'anticipation. Une histoire de fin du monde. J'ai toujours adoré les histoires de fin du monde, soit qu'elles sont une sorte d'extension de mes convictions profondes, soit qu'elles les alimentent. En tout cas, les histoires de cataclysme, j'adore. Mais il faut que ce soit bien mené ; ne vas pas t'imaginer que j'en aime pour autant des navets. Mon truc, c'est les calamités de qualité. Il se trouve que L'appétit des ombres entre dans cette catégorie.

Tout d'abord, le style. Comme dans ma lecture précédente signée à la pointe de son épée, Olivier louvoie entre style élaboré et décontracté. On avale le texte sans difficulté, sans pour autant se sentir rebuté par une trop grande facilité. Ça glisse tout seul, accompagne le récit, le soutient. Il en va de même pour les dialogues, chaque personnage ayant une voix établie.

Quant à l'histoire, ce qui est le plus plaisant à mon sens, c'est qu'elle est crédible. Dans les histoires de fin du monde, on tombe toujours à un moment ou un autre sur un gros couac, qu'on doit, en tant qu'avide lecteur, décider de laisser passer sous couvert de suspension d'incrédulité. Ou pas. Parfois, c'est trop gros, ça ne passe pas, et ça flanque tout par terre. Il suffit d'une ligne, d'un mot ; les pièges se font nombreux et retors. L'appétit des ombres ne cède pas à la facilité et esquive ces écueils. Du début à la fin, tout est crédible. La situation générale est crédible, les personnages, leur association, le déroulé de leur aventure, la conclusion. On ne verse pas dans le cliché super-héroïque ou parodique.

L'ambiance est travaillée. On rentre dans l'histoire tranquillement, et le décor se plante, détail après détail, placé là, l'air de rien. Le rythme du texte participe à l'atmosphère, qui grossit et noircit petit-à-petit, comme un nuage d'orage. Le texte est épuré, léger. Le lecteur reçoit néanmoins tout le nécessaire à la construction d'une vision claire des scènes.

Ma seule déception dans tout ça, c'est la chute. Si le fond est, comme je te l'ai précédemment dit, crédible, et si la fin colle tout à fait avec le reste du récit, elle me semble amenée avec trop de délicatesse. J'ai appris à aimer les nouvelles avec Lovecraft, ce qui m'a conditionnée aux fins brutales ; la tension est à son comble, et là, PAF !, on se prend une baffe, et c'est fini. Dans L'appétit des ombres, l'auteur s'offre une petite digression d'un paragraphe, juste avant le grand final, qui a un peu fait retomber la mayonnaise. Question de préférence personnelle.

Conclusion

L'appétit des ombres est une bonne nouvelle d'anticipation. L'histoire, soutenue par un style fluide et agréable, est intéressante, bien menée, et, je le souligne une fois de plus, crédible - c'est important. Je ne peux donc que te recommander de céder aux chants des sirènes de la lecture.

SP oblige, cette lecture s'est faite en avant-première. L'appétit des ombres sera disponible à la vente sur les plateformes d'auto-édition habituelles à partir du 23 août. L'autre bonne nouvelle, c'est qu'Olivier a décidé de célébrer le Ray's Day en faisant un petit cadeau à ses lecteurs : L'appétit des ombres sera disponible en téléchargement gratuit directement sur son site, le 22 août seulement. Alors attrape ton agenda, et note-toi ça !

Zombie Kebab, Olivier Saraja

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4ème de couverture

Au mauvais endroit, au mauvais moment : l’expression semble avoir été pensée pour Hakim, un banlieusard qui multiplie les petits boulots pour subvenir aux besoins des siens… jusqu’au jour où un accident fait basculer sa petite vie. Hakim devient alors le « patient zéro », le point de départ d’une apocalypse zombie. Malgré sa transformation — et une faim permanente —, Hakim conserve intactes ses facultés intellectuelles (ou presque) et s’en sert pour témoigner. Que fera-t-il de son nouvel état : protéger le monde, ou bien le dévaster ?

Mon avis

Cela faisait déjà quelques temps que je voyais Zombie Kebab mentionné ici et là sur Twitter. J'ai tout de suite accroché avec le titre, plus encore avec les couvertures flashy de Walrus. La tentation m'a tiraillée longtemps. Et, bien entendu, si nous sommes là aujourd'hui, toi et moi, c'est que j'ai fini par céder.

Zombie Kebab , donc, c'est l'histoire de Hakim, racontée par Hakim. Un récit à la première personne, tu l'auras compris. Tu n'es sans doute pas sans savoir que le récit à la première personne devient facilement piégeux s'il n'est pas bien géré. Parfois, il est totalement insipide, parce que l'auteur n'adapte pas son écriture à la personnalité de son personnage ; effet "soufflé retombé" garanti. D'autres fois, l'auteur va trop loin dans l'intégration du récit aux pensées/actions du personnage ; ça en devient illisible, incompréhensible, ou juste carrément moche. Olivier réussit le tour de force d'un récit à la première personne réussi : la personnalité de Hakim est très présente et nous permet de l'imaginer de façon très claire, tandis que le texte en lui-même, s'il s'adapte au monde du personnage et à son parler, reste tout de même très bien construit et clair. Chapeau bas, donc, pour cette superbe voix qui émane de Zombie Kebab .

Toujours en lien avec le texte lui-même, Hakim s'exprime avec familiarité, mais aussi force sagacité. Il nous fait de petits clins d’œil, et cela nous le rend d'autant plus attachant. Certains passages méritent même une mention spéciale ; je me permets un court extrait, qui m'a vraiment marquée (et beaucoup plu) :
L'avantage, quand on est tout en bas de l'échelle, c'est qu'on a une perspective imprenable sur tous les trous du cul du dessus.

D'ailleurs, rien à voir, mais ça me fait penser à une citation d'Aliens que j'adore (la citation, mais le film aussi) [c'est un marine qui s'adresse à son homologue féminine du genre "ultra-badass"] :
"Hé Vasquez, ça t'est jamais arrivé qu'on te prenne pour un mec ?
- Non. Et toi ?"

Bon, c'est bien rigolo tout ça, mais revenons à nos moutons ! Je te disais que Zombie Kebab était bien écrit, mais je ne t'ai pas encore parlé de l'histoire. Zombie Kebab est un pulp. Ok. Je ne vais pas t'expliquer ce qu'est un pulp, parce qu'en fait, je suis sûre de ne pas avoir très bien compris. Ça reste assez confus pour que je sois infichue d'en donner une définition ; si tu en as une sympa et simple à me proposer, je t'en serais éternellement reconnaissante. En attendant, l'histoire est chouette. Elle reprend la trame très classique de l'histoire de zombie, tout en lui donnant un second souffle de par le traitement particulier (on vit la vie d'un zombie capable de réflexion) et humoristique qui lui est appliqué. L'effet est franchement probant !

Enfin, je pense que ça peut être intéressant à préciser, Zombie Kebab est relativement court (moins de 100 pages sur ma liseuse). Je l'ai dévoré (sans mauvais jeu de mots) en moins de 24 heures ; j'aurais aimé des prolongations, histoire de faire durer le plaisir, mais à trop le délayer dans les longueurs, on en perd la saveur. Et puis, c'est rafraîchissant, une histoire courte.

Conclusion

Zombie Kebab est une véritable réussite. Que ce soit dans la façon qu'a eu l'auteur de revisiter les classiques, ou encore dans son traitement "technique" du récit, tout concourt à faire de ce court roman un petit bijou, à lire, partager, et offrir (dispo en version numérique ET papier).

En plus, l'auteur est vachement sympa. Alors, surtout, n'hésite pas !!!

Critique : Cinquante nuisances d'Earl Grey, Fanny Merkin (Traduction : Benjamin Kuntzer)

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4ème de couverture

Une parodie désopilante qui vous fera mouiller le sachet.

Comme le hasard fait bien les choses, Anna, étudiante naïve aux mensurations idéales, a rencontré un homme incroyablement riche, divinement mystérieux, et délicieusement plus âgé qu'elle. Depuis, elle passe son temps à soupirer et à se mordre la lèvre inférieure. Surmonter les cinquante nuisances d'Earl Grey ne sera pas une mince affaire. Entre son admiration sans bornes pour le groupe Nickelback, son insupportable penchant pour le goût de la Bud Light et sa singulière addiction au BDSM (Bardes, Dragons, Sorcellerie et Magie), Anna n'est pas au bout de ses surprises... et vous non plus.

« L'érotisme est un art difficile... l'humour l'est encore plus. Si quelqu'un est capable de conjuguer les deux, c'est bien Fanny Merkin. » New York Times

Mon avis

Si tu suis ce blog plus ou moins régulièrement, tu as sûrement vu passer la critique de Cinquante nuances de Grey, ce phénomène littéraire international - un phénomène si phénoménal, qu'en faire la critique a fait rejaillir une part non négligeable de prestige sur ce nano-blog. Tu te doutes bien que ce titre pirate n'a pas manqué de piquer ma curiosité, d'autant plus qu'il faisait partie des élus à la grande braderie Bragelonne/Milady/Castelmore de l'été, j'ai nommé la #GrosseOP. A 99 cents, je ne prenais pas beaucoup de risques.

J'avoue qu'au début, j'ai un peu louché sur le titre ; un détournement si subtil ne laisse pas que d'emmêler les nerfs optiques !

Cinquante nuances de Grey
Cinquante nuisances d'Earl Grey

Une grosse pensée pour le traducteur, qui a dû inonder sa chemise pour le travail particulièrement fin (pure spéculation de ma part) réalisé sur ce texte. En tout cas, le titre fait très clairement son effet !

Je t'avais dit, au cours de la critique du titre "originel", que j'avais ri - ricané serait plus juste -, et maints commentaires fusaient, dont je t'ai généreusement fait profiter, en partie en tout cas. Figure-toi qu'à la lecture de Cinquante nuisances d'Earl Grey, j'ai vraiment ri, c'est-à-dire, ri de bon cœur - il y a des passages vraiment drôles, surtout lorsqu'on a lu l'original. J'ai même parfois eu l'impression de lire quelque chose d'approchant mes propres commentaires/tours en dérision. C'est là une lecture complice, qui décrit en toutes lettres les projections floues que notre esprit peut faire à la lecture d'un texte, disons, mal emballé.

Au contraire du texte dont il se fait la contrefaçon, Cinquante nuisances d'Earl Grey est bien écrit. La forme est cohérente, et les (nombreux) écarts de langage sont tous contrôlés, et pas dus à la légèreté de l'auteur.

L'histoire est courte, aussi courte qu'aurait du/pu être celle dont elle s'inspire. Les clins d’œils à Twilight (dont le folklore dit que Cinquante nuances de Grey est une fanfiction) sont légion, et très habilement placés. Les premiers chapitres collent de très près à l'histoire parodiée, pour rapidement partir dans le grand n'importe quoi auquel on ne peut que s'attendre.

Pour te donner une idée, je te laisse jeter un œil aux extraits ci-après, librement consultables sur Amazon.

Cinquante nuances de Grey :
Je grimace dans le miroir, exaspérée. Ma saleté de tignasse refuse de coopérer. Merci, Katherine Kavanagh, d'être tombée malade et de m'imposer ce supplice ! Il faut que je révise, j'ai mes examens de fin d'année la semaine prochaine, et, au lieu de ça, me voilà en train d'essayer de soumettre ma crinière à coups de brosse. Je ne dois pas me coucher avec les cheveux mouillés. Je ne dois pas me coucher avec les cheveux mouillés. Tout en me répétant cette litanie, je tente une nouvelle fois de mater la rébellion capillaire. Excédée, je lève les yeux au ciel face à cette brune qui me fixe, avec son teint trop pâle et ses yeux bleus trop grands pour son visage. Tant pis. Je n'ai pas le choix : la seule façon de me rendre à peu près présentable, c'est de me faire une queue-de-cheval.
Kate est ma colocataire, et elle a été terrassée par la grippe aujourd'hui. Du coup, elle ne peut pas interviewer pour le journal des étudiants un super-magnat de l'industrie dont je n'ai jamais entendu le nom. Résultat : elle m'a désignée volontaire. Je devrais relire mes notes de cours, boucler une dissertation, bosser au magasin cet après-midi, mais non - je me tape les 265 kilomètres qui séparent Vancouver dans l'État de Washington du centre-ville de Seattle pour rencontrer le mystérieux P-DG de Grey Enterprises Holdings, Inc., grand mécène de notre université. Le temps de ce chef d'entreprise hors du commun est précieux - bien plus que le mien -, mais il a accepté d'accorder une interview à Kate. C'est un scoop, paraît-il. Comme si j'en avais quelque chose à foutre. Kate est blottie dans le canapé du salon.


Cinquante nuisances d'Earl Grey :
La vue de mon reflet dans la glace m'arrache un cri de désespoir. Ma toison présente cinquante nuances de désordre. C’est d’un goût douteux, tendance incontrôlée. Je n’ai pas intérêt à m’endormir mouillée. Pendant que je démêle mes longs cheveux châtains, la fille du miroir, aux yeux marron bien trop gros pour sa tête, ne cesse de me dévisager. Attendez une minute…, j’ai les yeux bleus ! Je comprends mieux pourquoi elle ne bougeait pas : voilà cinq minutes que je fixe un poster de Kristen Stewart. Ma coiffure est parfaite.
Mais la situation dans laquelle je me trouve se teinte tout de même de cinquante nuances de désordre. Ma colocataire, Kathleen, a attrapé la grippe de la bouteille. Quelle grosse c… C’était elle qui était censée interviewer le Monsieur Muscles patron de multinationale pour le magazine Boss et Canon. Comme elle est bien trop occupée à vider des seaux de vomi dans les toilettes, je me suis portée volontaire pour le sale boulot. (L’interview, pas le nettoyage de vomi.) Dans quelques semaines à peine, je serai licenciée ès arts libéraux. Pourtant, au lieu de réviser pour mes partiels, je m’apprête à me taper trois heures et demie de route depuis Portland jusqu’au centre-ville de Seattle, afin d’y rencontrer Earl Grey, le P.D.G. incroyablement riche d’Earl Grey Corporation.


Conclusion

Si tu as lu Cinquante nuances de Grey et fais encore le deuil des neurones tombés au champs de déshonneur, je ne peux que t'inviter à sonder ton entourage pour te faire prêter Cinquante nuisances d'Earl Grey ; cette lecture aura, à n'en pas douter, l'effet d'un bon désinfectant sur une plaie.

Toutefois, vu le prix de l'ouvrage, je ne t'en recommande pas l'achat. C'est rigolo, mais point trop n'en faut.

Kobo Aura : retour d'expérience

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On a souvent tendance à prendre pour acquis le fait que ce que l'on connaît, tout le monde le connaît également. C'est, en tout cas, mon sentiment. Toutefois, je me suis dit qu'il pourrait être profitable de partager mon expérience de la lecture sur liseuse. Pour moi, afin de faire le point sur ce que j'en retire et ce que j'en pense, mais aussi et surtout pour toute personne qui hésiterait à faire cet investissement (car c'en est un) et qui aimerait un avis construit sur une utilisation sur le long terme.

Tu sais que j'aime bien les pavés. Alors, laisse-moi te conter cette histoire depuis le tout début.

Les liseuses ont désormais un beau parcours à leur actif. Il me semble que cela fait une sorte d'éternité que le premier modèle de Kindle (la liseuse d'Amazon) est sorti. Les concurrents ont été, comme souvent, longs à pointer le bout de leur nez, et plus longs encore à proposer des produits de qualité, sinon équivalente, en tout cas acceptable.

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Au tout début des liseuses, ça ne m'intéressait pas du tout. Je ne voyais à ce gadget aucun attrait qui en justifiât le prix, aucune qualité réelle. Lire sur un bout de plastique me paraissait être une idée aberrante. Tout comme le fait de "recharger" son livre. Bref, j'étais heureuse parmi mes de feuilles de papier par milliers.

Au bout de quelques années, mon cadre de vie et mes habitudes ayant évolué, je me suis sérieusement interrogée sur la viabilité d'un tel investissement. J'avais trouvé à la liseuse un atout de poids - et c'est le cas de le dire : une bibliothèque dans un mouchoir de poche. Comme je déménageais souvent, ne pas avoir à déplacer mes caisses de livres m'aurait alors bien rendu service, et m'aurait également épargné la douleur de l'entreposage de tout ou partie de mon cheptel littéraire dans des greniers épars - c'est le lot de la vie d'errance. J'ai alors parcouru les sites marchands, lu des comparatifs, dépouillé les avis. Il était évidemment hors de question pour moi d'acheter un Kindle ; me renseigner sur la qualité des alternatives était donc essentiel afin de ne pas gaspiller mon argent dans l'achat d'une bouse. Finalement, après moult hésitations, piétinements et vérifications de mon compte en banque, je me suis jetée à l'eau : j'ai acheté une Kobo Aura - c'était en 2014.

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Il faut que tu saches que, pour tout ce qui se classe, abusivement ou non, dans la catégorie "gadget électronique", je n'ai AUCUNE patience. Je déteste lire des manuels, surtout quand ils font plus de 5 pages et sont mal traduits, avec des schémas incompréhensibles, voire pas de schéma du tout. Je déteste perdre mon temps à chercher comment fonctionne un bidule, quel qu'il soit. Pour moi, ç'a a dû être pensé, réfléchi, conçu pour être intuitif ; sinon, où est l'intérêt de la technologie ? Et si je galère à trouver comment ça fonctionne, j'estime que c'est mal fait. A mon sens, s'il y a vraiment UNE chose essentielle dans toute conception de produit, c'est l'ergonomie (j'ai peut-être raté une vocation, me dis-je en passant). Bref, tout ça pour te dire que je m'attendais vraiment à quelque chose de simple. Nous sommes en 2013 que diable, le XXI° siècle, ça ne peut PAS être compliqué ! Eh bien si, ça m'a quand même fait perdre patience. J'ai eu envie de détruire le machin à grands coups de batte de base-ball. Pourquoi tant de haine ? me diras-tu. Parce que j'ai voulu faire une opération basique, évidente : j'ai connecté la liseuse à mon PC, ouvert le dossier correspondant au périphérique (la liseuse), y ai copié mon fichier .epub, et ça ne marchait pas. Forcément, Kobo a son logiciel propriétaire pour ajouter des e-books sur la liseuse. Mais qui dit "propriétaire" ou "drm" dit "pas pour moi". Hors de question que j'installe ces cochonneries verrouillées sur mon PC (hein, les éditeurs de logiciels, c'est MON PC, pas le vôtre !), hors de question de me contenter des e-books de la boutique Kobo, truffés de DRM et suppressibles à tout moment (j'exagère à peine). D'ailleurs, ma liseuse n'a pas besoin d'être connectée à Internet, merci bien.

J'ai résisté à l'envie de détruire cette icône de haine, mais cela a valu à ma nouvelle ennemie d'être remisée sur une étagère pendant plusieurs mois.

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Jusqu'au jour où j'ai découvert Calibre (à vrai dire, je l'avais découvert avant de "jeter" la liseuse aux oubliettes, mais j'avais besoin de bouder). Calibre, c'est un outil merveilleux, essentiel pour toute personne qui dispose d'une liseuse. Tu l'installes, et il te gère ta bibliothèque comme ça, en un claquement de doigts. C'est libre, gratuit, et open-source, bref, le panard, le vrai. Calibre a résolu les problèmes que Kobo m'avait créés, et pour cela, je remercie ses concepteurs : merci d'avoir fait Calibre, merci de l'avoir pensé ergonomique, merci de l'avoir créé fonctionnel !!! Bref, donc, à partir de ce jour, j'ai pu gérer mes bibliothèques facilement et efficacement. Ma liseuse pouvait enfin entrer dans ma vie pour de bon.

Les premiers essais d'utilisation de la liseuse à proprement parler ont été un peu chaotiques. Déjà, j'ai mis du temps à comprendre comment l'allumer ; le bouton d'allumage est un bouton à coulisse. Toujours forte de mon expérience "génération Y", j'ai poussé le bouton. Ça ne s'est pas allumé. Je l'ai poussé longtemps. Ça s'est allumé, loooooooongtemps après ; et comme j'avais recommencé à pousser parce que le machin ne machinait pas, ça s'est ré-éteint. L'impatience a recommencé à me ronger - le maillet n'était pas bien loin. J'ai finalement trouvé le code : glissement long pour allumage/extinction, glissement court pour entrée/sortie de veille. Et le bouton à côté ? Puisque j'ai essayé en plein jour, je n'ai pas tout de suite réalisé qu'il s'agissait de l'interrupteur pour la lecture nocturne. Une fois les premiers repères pris, on s'y fait ; on finit par trouver comment accéder à quelles options, comment afficher quelles informations, comment atteindre les dictionnaires, etc. On finit aussi par s'accoutumer au temps de latence. Car oui, la liseuse est longue. C'est supportable tant qu'il s'agit de tourner des pages - même si c'est limite. Ça l'est beaucoup moins dès qu'il s'agit d'accéder aux définitions des mots dans le dictionnaire, ou quand il s'agit d'allumer ou éteindre le terminal.

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Quant aux avantages de la liseuse, il y en a quand même quelques-uns. Par exemple, tu peux lire dans le noir. Pas forcément une bonne idée, mais tu peux. Ta bibliothèque peut te suivre partout ; aux toilettes, au travail, dans les transports (si tu as le malheur de devoir subir ça), en voyage… C'est petit, c'est léger, ça tient dans une (grande) poche. Tu peux accéder à la définition d'un mot par "simple" toucher prolongé sur le mot en question ; plutôt pratique quand tu lis des textes un peu exigeants - mais mieux vaut ne pas être pressé. Tu peux augmenter (ou réduire) la taille de police, utile si tu as la vue basse, modifier la police, utile si tu as d'autres sortes de problèmes de vue ou des goûts particuliers, lire dans une autre langue et accéder aux traductions des mots inconnus - pour peu que tu aies téléchargé le dictionnaire qui va bien.

Ce qui est chouette aussi, c'est qu'il existe un certain nombre de sites où des versions epub de grands classiques (entrés dans le domaine public) peuvent être téléchargés gratuitement - en toute légalité et sans créer de compte (lumière dorée tombant du ciel et musique angélique). Il est donc possible de lire gratuitement, ce qui n'est pas le cas avec les livres physiques - hors prêts chez des amis/en bibliothèque, qui nécessite de se déplacer physiquement et donc prend un temps qu'on n'a pas forcément et que nous fait gagner le numérique.

En ce qui me concerne, j'avoue que ce qui m'a le plus plu dans la liseuse, c'est sa taille (elle tient parfaitement dans la poche de mon manteau), son poids plume, et le fait que les gens autour ne voient pas ce que je lis - pas que j'aie honte de mes lectures, simplement parce que pour moi, lire est un acte intime (chacun ses problèmes). C'est chouette d'avoir un bouquin dans la poche tout le temps - qu'on ne risque pas d'abîmer en le transportant (oui, j'ai beaucoup de problèmes) -, qu'on peut sortir dès qu'on a un instant de vacance de l'esprit (les temps d'attente notamment). J'ai beaucoup aimé également le fait de pouvoir lire des classiques gratuitement.

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Ce qui me plaît moins par contre, c'est de faire de mes moments de lecture des moments passés devant un écran. Même s'il ne s'agit pas d'un écran classique, c'est le même principe : un cadre fixe, et des "pixels" qui se reforment sur chaque page. J'ai de plus en plus de mal à passer plus de temps que nécessaire devant des écrans, et honnêtement, j'ai bien envie de totalement décrocher pendant mes moments de lecture. Autre inconvénient majeur de la liseuse (de la lecture numérique plus généralement), c'est le côté impratique. Impossible, en effet, de feuilleter ton ouvrage. Tu es condamné à le parcourir page par page, ou à faire un saut vers une page précise sans savoir ce qu'elle renferme (en comptant les temps de latence qui vont bien, évidemment, et pourquoi pas un plantage du bidule). Pas pratique non plus d'accéder aux notes si elles sont en fin d'ouvrage. Et pourtant, les notes sont parfois essentielles à la compréhension d'un texte.

Résumons-nous

La liseuse n'a pas que des défauts, mais elle est à mon sens bien loin de pouvoir se targuer de remplacer le livre papier. Au mieux, je dirais qu'elle est un intéressant complément pour lecteurs nomades ayant un gros appétit littéraire.

Les "contre" :
  • cher à l'achat (et ebooks pas forcément bons marché)
  • temps de latence
  • impossible de feuilleter l'ouvrage
  • lecture sur écran

Les "pour" :
  • choix de la taille de police
  • poids plume & petite taille
  • une bibliothèque dans un mouchoir de poche
  • dictionnaires embarqués

Les gadgets :
  • lecture nocturne
  • statistiques de lecture (c'est rigolo, mais loin d'être indispensable)
  • beaucoup d'epubs de grands classiques gratuits (ça, c'est super cool)
  • achat d'e-books possible directement depuis la tablette (totalement inutile pour moi)

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Et donc ?

Ma conclusion, c'est que la liseuse est une bonne amie pour les personnes ayant une vue réduite. C'est également un bon outil de distraction pure pour les gens qui perdent beaucoup de temps au quotidien à attendre (que ce soit dans les transports ou autre). C'est par contre un gadget tout à fait superflu pour une utilisation à la maison. A mon sens, l'achat d'une liseuse ne concerne que les personnes qui se déplacent beaucoup et/ou ont beaucoup de temps morts au cours de leurs journées.

Pour les "sédentaires", mieux vaut rester au papier. Et d'occasion : c'est moins cher, et plus écologique !




EDIT (27/07/2016) : pour ce qui est du cas précis de la Kobo Aura, je t'invite à jeter un œil à cette note de post-mortem de la liseuse. Eu égard à l'ensemble de mon expérience avec la Kobo Aura, si tu dois choisir une liseuse, je te recommande très fortement de regarder ailleurs que chez Kobo ; bien entendu, je te suggère d'éviter au moins le modèle Aura comme la peste.

EDIT 2 (17/07/2016) : quant à la qualité de service Kobo, tu peux prendre connaissance de mes ultimes déconvenues dans cette note-ci. Si, en tant que client, tu attends de ton interlocuteur efficacité et implication, mes recommandations restent identiques : ne va pas chez Kobo.

Critique : Trilogie Jason Bourne, Robert Ludlum (Traduction : Jean Rosenthal)

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4ème de couverture

Un homme sans passé, amnésique à la suite d’un terrible accident, est traqué par des tueurs impitoyables. Pourquoi ? Une seule indication : un morceau de film incrusté sous sa peau et qui semble être le numéro d’un compte bancaire à Zurich… au nom de Jason Bourne.
Peu à peu, les pièces du puzzle s’emboîtent et l’on comprend que Jason Bourne, qui passe aux yeux du monde entier pour un dangereux criminel, est un personnage inventé de toutes pièces par la CIA afin de piéger le fameux Carlos, dit «le chacal». Désormais, le sort de Jason Bourne et celui de Carlos sont liés: la traque réciproque continue et culmine dans La Vengeance dans la peau, qui vient d’être adapté au cinéma par Paul Greengrass, avec Matt Damon dans le rôle de Jason Bourne.

Mon avis

La Mémoire dans la peau
La Mort dans la peau
La Vengeance dans la peau


Tu as certainement vu (ou entendu parler de) la série de films tirée des romans de Robert, qui extrapolent les aventures du célèbre Jason Bourne. Si tu ne les as pas vus, je te recommande le premier. Loin d'être un chef d’œuvre cinématographique (ça reste un film d'action américain), c'est un bon divertissement - à des kilomètres du roman dont il est issu, bien entendu.

J'ai commencé ce bouquin "par hasard" ; il était dans ma liseuse, rien de ce que j'avais à côté ne m'inspirait plus que ça, et j'avais du temps à tuer. Beaucoup de temps. Et si ce roman - cette trilogie, devrais-je dire - a atterri dans ma liseuse, c'est qu'il y a quelques années, une amie m'en avait dit le plus grand bien. Alors je m'étais dit "pourquoi pas, à l'occasion". Voilà qui est fait.

Cette lecture ne s'est pas faite sans douleur. Lorsque je me suis lancée, je n'avais pas envisagé un seul instant que les 1846 pages annoncées par ma liseuse finiraient par devenir une sorte de transposition au XXI° siècle du mythe de Sisyphe. Heureusement, au XXI° siècle, tout est plus rapide et éphémère - j'ai fini par m'évader du Tartare.

Outre la condamnation à lire trois romans de 600 pages à la suite (parce que je n'allais quand même pas abandonner en cours de route !), les premières pages m'ont fait souffrir. Je te livre la toute première phrase : "Le chalutier plongeait dans les creux redoutables de la mer sombre et déchaînée comme un animal essayant désespérément de fuir un marécage.". Je ne sais pas ce que tu en penses, mais je trouve ça lourd. Maladroit. Un peu comme l'albatros de Baudelaire. A vrai dire, mille pages plus tard, cette phrase me choque beaucoup moins. Mais j'ai eu un mal fou à m'habituer. Peut-être n'était-ce pas une si brillante idée de passer de Flaubert et Austen à Ludlum.

Je ne suis pas friande de policiers ; si j'en ai lu une dizaine dans ma vie, c'est déjà le bout du monde. Il convient, de fait, de prendre mon avis avec des pincettes - j'ai l'impression de dire la même chose à chaque critique.

L'histoire est intéressante. On suit un homme amnésique dans tout un tas de situations plus étranges les unes que les autres, à coup de filatures, de poursuites, d'infiltration, de corps à corps brutaux et d'exécutions au silencieux. L'anonyme finit par se découvrir une identité, Jason Bourne, et poursuit sa quête de lui-même, et de l'adversaire à abattre qui semble avoir obnubilé l'homme qu'il était avant son amnésie. Des banques Suisses à la pègre Parisienne, en passant par la CIA et les complots politiques de plus ou moins grande envergure, tout est mis en place pour déstabiliser le lecteur, l'amener sur de fausses pistes, le tenir en haleine. Robert nous tient la dragée haute en permanence, ne laissant le cours des choses se calmer qu'à la toute dernière ligne de chaque roman - ce qu'il fait de manière un peu clichée, mais bon, passons.

L'intrigue semble assez bien ficelée ; j'avoue que je ne suis pas une pro en la matière. Ce que je sais de source sûre par contre, c'est que les intrigues retorses ont le don de me laisser tout à fait perplexe ; je suis absolument incapable de détricoter une intrigue "complexe". Soit que je n'en ai pas la capacité cognitive (ce qui n'est pas à exclure, soyons pragmatiques), soit que je me refuse à faire cet exercice (après tout, mon plaisir de lecteur, c'est aussi de voyager et de me laisser surprendre), je n'anticipe en tout cas aucun des coups que me joue l'auteur. Et il en joue, le saligaud ! On va de rebondissement en rebondissement, sans jamais un instant de répit - où donc est-il allé chercher tout ça ? C'est sympa sur un roman. Ça passe sur deux. Trois, ça devient positivement pénible - je dirais même physiquement fatigant.

Avant d'arriver au troisième tome, je me suis demandé s'il était vraiment si pertinent que cela d'avoir fait une trilogie. N'était-ce pas un moyen tordu de plus pour vendre encore plus un titre vu, vu, vu et revu ? En réalité, il y a une forme de cohérence ; un fil directeur lie les trois tomes, et ce n'est effectivement qu'à la fin du troisième que l'on trouve réponse à toutes les "questions" que l'auteur a suscité au cours des tomes précédents. Toujours est-il que je pense que ce format de type "intégrale" est un peu trop dense et s'adapte assez mal au genre ; une intégrale, c'est génial pour une épopée (par exemple : Les annales de la Compagnie Noire de Glen Cook) ou un récit fantasy foisonnant (Le Trône de Fer de G.R.R Martin), beaucoup moins pour un policier, qui reste quelque chose d'assez répétitif. Certains me diront sans doute que l'épopée et la fantasy sont aussi redondants ; j'avoue que pour ce type de récits, toute redondance paraît moins flagrante. Une histoire de goût, sans doute.

Conclusion

Nul besoin d'épiloguer des siècles : si je ne peux pas te recommander la lecture d'affilée de ce que Le Livre de Poche a glorieusement renommé "La Trilogie Jason Bourne" (tout rapprochement avec une tentative d'opération marketing relèverait de la spéculation) - à moins que le roman d'espionnage ne soit ta raison de vivre, cela va de soi -, tu peux, toutefois, ajouter sans crainte La Mémoire dans la peau à ta bibliothèque. Il saura te divertir et dépoussiérer avantageusement l'image que tu aurais pu te faire de Jason Bourne. Cela te rappellera aussi un vieil adage sur lequel on ne compte pas assez souvent : l'habit ne fait pas le moine. Et si tu comptes lire les deux tomes suivants, histoire de boucler la boucle, pense seulement à laisser passer un peu de temps (mais pas trop) entre deux - l'indigestion n'est jamais une bonne chose, outre les douleurs.

En définitive, c'est une lecture divertissante, plutôt prenante, à laquelle on ne pourrait reprocher sa forme sobre et son fond dépourvu de questionnement ; on lit cette trilogie pour éviter de penser, et c'est bien comme ça.

Les freins à l'achat

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Il n'y a pas si longtemps, je t'ai déjà parlé de l'agacement qu'occasionne chez moi l'éternelle complainte "Amazon, c'est le Mal". Tu sais ce qui m'énerve, moi? Ce qui me révolte ? Ce qui me pourrit la vie ? C'est de devoir créer des comptes. Oui. Tu m'as bien lue. Créer des comptes.

Il y a des moments, dans la vie d'un occidental de classe moyenne à supérieure, ayant à disposition une connexion à Internet, un terminal pour y accéder, et les moyens (si réduits soient-ils) d'exercer au Royaume des Pixels son super(-minus) pouvoir d'achat, où la création de compte a du sens. Une création de compte, pour un utilisateur, c'est utile dans le cas d'achats récurrents sur un seul et même site. Soit un site qui ne vend qu'un seul type de marchandises auquel on est au moins partiellement "dépendant", soit un site qui vend tout un tas de bricoles et sur lequel, vraisemblablement, on peut être amené à se rendre pour de nombreuses raisons.

Évidemment, il n'y a pas que les sites marchands pour lesquels la création de compte peut être utile, voire nécessaire. Toute activité qui requiert l'enregistrement et la conservation d'un certain nombre de données à usage récurrent justifie peu ou prou l'usage d'un compte. Par exemple sur les forums, parce qu'il est utile de savoir qui poste quoi, pour les autres comme pour l'utilisateur lui-même, afin de pouvoir aisément savoir qui a posté quoi ; l'identité (même si elle est partiellement déconnectée de l'état civil de chacun) a, dans la communication, un rôle fondamental à jouer. On pourra, pour ce genre de créations de compte, trouver à redire sur les informations à fournir obligatoirement, mais ce n'est pas le sujet du jour.

Et puis, il y a les sites sur lesquels on est pas sûr de repasser acheter quoi que ce soit d'autre, ou encore ceux auxquels on est certain de n'avoir plus jamais avoir à faire. Tu les connais, toi-aussi, ces sites sur lesquels tu te rends parce qu'ils sont manifestement les seuls de tout l'Internet émergé à proposer ce que tu recherches. Parfois, ils sont tellement moches, tellement impratiques, que même pour cette chose bien particulière que tu as mis tant de temps à trouver, tu hésites encore à franchir le pas, à acheter. Personnellement, je me sens toujours gênée quand je tombe sur un site très mal fait, je le vis un peu comme une sorte de mépris de la part de celui qui s'affiche de la sorte ; avec tous les outils simples d'utilisation qui existent aujourd'hui, tous les prestataires à prix plus ou moins bas qui se bradent encore pour développer des sites personnels/sites marchands à partir de solutions pré-conçues, un site moche et mal fichu me renvoie un signal allant du je-m'en-foutisme au manque de sérieux - vaste palette s'il en est. Outre le fait que ça pique les yeux. Mais je dis : "graisse".

Il y a donc ces sites sur lesquels tu ne vois aucun intérêt à créer un compte. Tu veux juste ton truc, vite fait. Tu n'as pas envie de recréer un énième nom d'utilisateur, encore un mot de passe que tu vas oublier. Pas envie de valider la création de ton compte en allant cliquer sur l'e-mail de confirmation qui t'a été envoyé dans ta boîte perso qui n'était pas ouverte parce que tu n'as pas que ça à faire. Et tu n'as pas non plus envie de te taper l'habituel formulaire Nom-Prénom-Adresse-Sexe-Carnet de santé & cie qu'on te demande habituellement de remplir pour le moindre achat. Ces gens, derrière ces boutiques, ont-ils un jour envisagé l'hypothèse qu'on les force à créer un compte dans chaque nouvelle boulangerie où ils passeraient accidentellement acheter leur baguette ? Se sont-ils, ne serait-ce qu'une fois, demandé si ça valait vraiment le coup de gonfler l'utilisateur avec une création de compte pour les trois produits et demi qui se courent après sur leur petit site ? Sérieusement, imagines-toi, si dans chaque magasin où tu mets le plus petit orteil, on te demandait de créer un compte, ce serait un véritable enfer ! Ce serait la crise ! Les gens ne dépenseraient plus d'argent ! (ils le feraient sans doute, mais limiteraient probablement leur butinage à un nombre plus réduit de boutiques)

La dépense d'argent peut répondre à un besoin, ponctuel ou récurrent, auquel cas l'utilisateur ne se posera vraisemblablement pas trop de questions, ou se contentera de pester mais franchira tout de même les obstacles que l'on met sur son chemin pour accéder à l'objet qui répondra au dit besoin. Mais dans le cas d'un achat loisir, d'un achat détente, d'un achat curieux ? Eh bien il y a fort à parier que l'utilisateur engueulera vertement son écran, traitant ces vendeurs inconscients de tout un chapelet de noms plus fleuris les uns que les autres, et passe son chemin. Il est toutefois possible que l'utilisateur, tout frustré qu'il soit, fasse fi de sa colère et crée malgré tout et laborieusement cet énième compte dont il oubliera certainement l'existence très rapidement. Ce compte qui prendra de la place dans sa boîte de réception, et grossira les bases de données si vulnérables de tous ces petits sites marchands gérés par des gens qui n'y connaissent rien et ne se sont jamais dit que stocker un mot de passe en clair et l'envoyer par e-mail au client, c'est un peu comme ne pas demander de mot de passe ou le laisser en libre accès directement sur leur site.

En ce qui me concerne, j'en ai ma claque de créer des comptes. Ma claque de recevoir des e-mails promotionnels malgré le fait que j'ai décoché toutes les cases cochées au préalable. Ma claque de devoir créer des identifiants et des mots de passes, et passer 10 minutes là-dessus alors qu'un simple paiement m'aurait pris 10 secondes. J'en ai ma claque de donner des informations à tout le monde sur mon identité, réelle ou fantasmée, juste pour pouvoir dépenser mon argent. C'est déjà chiant de dépenser son fric quand on en a "peu". C'est éminemment chiant quand en plus de ça le processus dure plus longtemps qu'il ne devrait. Et j'en ai ma claque que mes dépenses, faits et gestes soient traqués, conservés, par 50 000 personnes.

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Ce coup de gueule, tu le dois à ces sites qui forcent la création de compte pour acheter des ebooks. J'aurais bien investi, récemment, dans des ebooks d'auteurs peu connus, vendus par une petite maison d'édition. J'étais vraiment motivée à l'idée de découvrir cette série qui m'attirait beaucoup. Sauf que voilà, il fallait ENCORE créer un compte. Ç’a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Mon ras-le-bol a pris le dessus. J'ai renoncé à cette découverte, renoncé à ce plaisir, renoncé à remercier l'auteur de son travail par ma modeste rétribution. Du coup, si je lis un jour cet ouvrage, ce sera gratuitement.

Tu te dis peut-être que j'exagère, que je perds les pédales, que je mélange tout. Moi je crois au contraire que c'est par de petits gestes, d'apparence anodins, que l'on témoigne aux autres le respect que l'on a de leur personne (si tu ne respectes pas ceux qui te permettent de manger, c'est qu'il est temps de changer de métier !). C'est aussi par ces petits gestes que l'on se démarque des autres, ceux qui n'ont pas d'éthique, ou qui n'ont en tout cas pas nos propres valeurs. Et si les petites boutiques en lignes commençaient à prendre en compte le bien-être de leurs prospects/clients en leur proposant des sites agréables et ergonomiques ? Et si ces mêmes petites boutiques commençaient à respecter l'anonymat de leur clientèle ? A leur économiser du temps ? En somme, et si les petites boutiques en ligne se décidaient enfin à limiter les freins à l'achat ? Nul doute que le e-commerce reprendrait des couleurs et qu'Amazon perdrait un chouia de son inaltérable superbe. Une navigation efficace permet de trouver rapidement l'objet de ses convoitises. Pouvoir payer rapidement limite le temps d'hésitation ainsi que la possibilité pour une distraction de venir détourner l'attention du prospect et annuler, purement et simplement, la vente. Et en plus, tout ça donne une image de boutique respectueuse de son client, citoyenne (puisque ne participant pas à la collecte en masse de données personnelles et/ou liées aux habitudes de navigation de leurs clients), et donne une véritable personnalité à une entité, par ailleurs, comme une autre.

Sûr que, de ne plus imposer de création de compte, ça ne ferait pas plaisir à monsieur marketing, qui ne pourrait plus noyer ses clients d'e-mails intrusifs intimant à chaque membre de sa longue liste d'abonnés bon gré, mal gré, l'ordre d'acheter ACHETER ACHETER.
Mais bon, y'a un moment, faudrait p'têt arrêter de nous prendre pour des citrons. Société de consommation : selles !!!

Critique : Emma, Jane Austen (Traduction : Pierre de Puliga )

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4ème de couverture

Orpheline de mère, seule auprès d'un père en mauvaise santé, Emma Woodhouse, désormais la maîtresse de maison, s'est mis en tête de marier Harriet Smith, une jeune fille qu'elle a recueillie chez elle. Ce faisant, ne s'est-elle pas attribué un rôle qui n'est pas (ou pas encore) pour elle ? Son inexpérience des coeurs et des êtres, ses propres émotions amoureuses, qu'elle ne sait guère interpréter ou traduire, lui vaudront bien des déconvenues et des découvertes.

Mon avis

Emma est admirablement bien écrit, d'un point de vue strictement linguistique. Le genre d'écriture qui fait voir le monde sous un angle nouveau.

Je n'avais strictement aucune idée de ce à quoi m'attendre en me lançant dans cette lecture ; j'avais téléchargé ledit roman pour la simple raison que "Jane Austen me disait quelque chose". Maintenant, je suis à même d'affirmer que je vois mieux de quoi il retourne. Je sais aussi que Jane Eyre est bien plus intéressant qu'Emma.

Emma est un roman très mondain
. On pourrait même le qualifier de puant. Bien entendu, le style d'écriture renforce grandement cette impression, qui n'est jamais démentie ni par les propos ni par les actes des personnages. Tout au long du roman, Jane nous donne à voir un petit groupe de personnages plus ou moins hauts placés sur l'échelle sociale se débattre dans leurs petits ennuis de dentelles, de terres, de généalogie, leurs soucis matrimoniaux, à quoi semblent se résumer leurs vaines existences. Chacun tente de se montrer plus cultivé, plus poli, plus mondain que les autres, tout en crachant allègrement sur tout ce qui n'est pas au moins aussi élevé socialement. Les femmes se complaisent dans l'infériorité que le patriarcat leur a généreusement assigné, la revendiquant même, tandis que les hommes se rengorgent de leur supériorité et de leur excellence. En somme, tout le monde est heureux au pays du patriarcat.

Dès le début, ce démarquage social m'a particulièrement marquée, choquée. Je trouvais ahurissante cette conception du rang social, présentée comme immuable, faisant parti de l'ordre des choses. Car à aucun moment Emma ne questionne la légitimité de cette segmentation. J'ai été d'autant plus choquée lorsque ladite Emma, châtelaine vingtenaire sans autre occupation que "tenir sa maison" (comprendre : donner des ordres aux domestiques qui feront le boulot à sa place) s'achète une conscience en allant rendre visite à une famille de démunis à l'autre bout du patelin. Cette action est à mettre en parallèle avec le fait que, quelques pages plus tôt, elle assure son amie (orpheline, donc sans rang social) que si elle accepte d'épouser ce fermier qui l'a demandée en mariage, elles devront couper tout contact, car il ne sied pas à une dame de son rang à elle d'entretenir des relations avec de vulgaires fermiers ; ce serait par trop dégradant ! Il est certain que ces fermiers qui nourrissent à force de labeur ces châtelains oisifs sont particulièrement plus vils et méprisables que les "simples démunis". Bref, une fois ce passage franchi, j'ai cessé de chercher une quelconque cohérence dans les propos d'un autre monde tenus par Emma.

Ce texte doit, évidemment, être remis dans son contexte, éminemment différent du contexte socio-culturel actuel. Beaucoup des aspects choquants s'expliquent par le contexte historique. Mais. Mais…

Après avoir réfléchi 5 minutes, je me suis dit que sous le vernis actuel de politiquement correct qui voudrait nous faire oublier l'existence des privilèges et des classes sociales, elle n'en existent pas moins. Il existe seulement beaucoup plus de sortes de sous-classes, qui n'ont pas conscience de n'être là que pour satisfaire les appétits des châtelains d'aujourd'hui. Il existe même le mépris des sous-classes pour d'autres sous-classes. Et le mépris des châtelains oisifs pour ceux qui leur permettent de ne pas trop suer n'a fait que croître. Ça, c'était la digression réflexion du jour.

Quant à l'intrigue, qu'en dire ? Mon avis reste à prendre avec des pincettes sur le sujet, n'étant pas une fan invétérée de la romance en tant que genre. J'ai trouvé les tribulations amoureuses de cette poignée de nobliaux égoïstes et si préoccupés de leur petite personne… comment dire… basiques. Pour tout te dire, cela m'a parfois rappelé les cancans de collège/lycée. On retrouve dans Emma tous les éléments du cancan amoureux d'écolier : les triangles amoureux improbables, les parents trop impliqués, les interactions houleuses entre membres d'un même cercle, les mesquineries, la jalousie…

Conclusion

A mon sens, l'intrigue insipide d'Emma est avantageusement soutenue par un style impeccable - et heureusement. Je ne sais pas quelle foi l'on peut prêter aux valeurs véhiculées par le récit, mais il peut probablement être considéré comme un témoignage historique, et en ce sens présente un intérêt. L'autre valeur d'un récit si "décalé" vis-à-vis des réalités d'aujourd'hui réside dans son pouvoir à susciter une réflexion sur les considérations sociales - parmi d'autres, sans doute, que je n'ai pas su voir.

J'imagine qu'Emma est un incontournable de la romance "comme il faut", dont la forme élégante et soutenue fait glisser le récit avec aisance. Ce qui fait que, même si l'on n'aime pas, on ne s'ennuie guère.

A mettre sur toutes les liseuses/smartphones : Emma est dans le domaine public, il est donc téléchargeable gratuitement !